Depuis l’annonce de la suspension de MaPrimeRénov au 1er janvier 2026, les questions pleuvent chez les propriétaires. Entre travaux déjà lancés, devis signés et projets encore au stade de l’idée, beaucoup découvrent que leur plan de financement repose largement sur des aides financières désormais gelées. Pour un ménage qui comptait sur 8 000 ou 12 000 € de subvention pour une rénovation énergétique globale, l’arrêt brutal du guichet ressemble à un coup de frein sec, voire à un mur. Les professionnels ne sont pas mieux lotis, avec des carnets de commandes construits sur un dispositif momentanément à l’arrêt.
Le point clé à avoir en tête, c’est que cette suspension est d’abord administrative et budgétaire. Le parlement n’ayant pas voté à temps les crédits, l’Anah, qui gère MaPrimeRénov, n’a plus la base légale pour ouvrir de nouveaux droits. Résultat très concret : aucune nouvelle demande ne peut être déposée, même si les conditions d’éligibilité restent les mêmes sur le papier. Dans ce contexte, l’enjeu pour les bénéficiaires potentiels n’est pas seulement de savoir « pourquoi » le dispositif s’arrête, mais surtout de comprendre qui est réellement impacté, ce qui continue à fonctionner en coulisse, et comment organiser sa stratégie de travaux pour ne pas perdre des mois ni des milliers d’euros.
En bref
- MaPrimeRénov est gelée pour les nouvelles demandes tant que le budget d’État n’est pas adopté, mais les dossiers déjà validés restent financés.
- Les ménages qui ont signé des devis sans déposer de demande avant la fermeture du guichet prennent un risque réel de ne jamais toucher la prime pour ces travaux.
- Les aides financières ne disparaissent pas : éco-PTZ, certificats d’économie d’énergie (CEE), aides locales et dispositifs comme le chèque énergie peuvent prendre le relais partiellement.
- La période de suspension peut être mise à profit pour affiner un projet de rénovation énergétique : audit, choix des artisans qualifiés RGE, scénarios de travaux, montage du dossier.
- Une reprise de MaPrimeRénov est attendue, potentiellement avec un recentrage sur les rénovations globales et les passoires thermiques, ce qui pourrait modifier les gagnants et les perdants du dispositif.
Suspension de MaPrimeRénov en 2026 : ce qui se passe concrètement pour les dossiers
Sur le terrain, la suspension de MaPrimeRénov ressemble à un rideau métallique tiré d’un coup sur le guichet en ligne. Le portail officiel ne permet plus de créer de nouvelle demande, que ce soit pour une simple isolation des combles ou pour une rénovation globale à 40 000 €. Beaucoup de propriétaires se retrouvent donc avec un devis entre les mains, parfois signé, mais sans numéro de dossier MaPrimeRénov. Dans ce cas précis, il n’y a aucune « file d’attente cachée » : tant que le guichet est fermé, la demande n’existe pas administrativement.
À l’inverse, les ménages qui ont reçu une notification de l’Anah indiquant que leur demande est acceptée sont protégés. L’engagement budgétaire a été pris, ce qui signifie que la prime reste due, même si les délais de versement peuvent s’allonger. Pour un changement de chaudière gaz par une pompe à chaleur ou une isolation par l’extérieur, on parle souvent de montants entre 3 000 et 15 000 €. Pas question pour l’État de revenir sur ces engagements sans provoquer un chaos juridique et politique.
Le point de bascule se situe exactement entre ces deux cas. Prenons un exemple simple. Un couple a signé le 15 décembre un devis à 18 000 € pour une pompe à chaleur air-eau et l’isolation des combles, mais a repoussé à janvier le dépôt de sa demande, sur conseil de l’installateur. Avec la fermeture du guichet, ce projet se retrouve dans une zone grise. Les travaux peuvent commencer techniquement, mais aucune garantie n’existe quant à la possibilité de déposer une demande à posteriori, même si le gouvernement décidait plus tard d’autoriser une forme de rétroactivité. Miser là-dessus revient à parier l’équivalent d’une petite voiture.
Il faut aussi rappeler que la suspension ne modifie pas rétroactivement les règles de gestion en interne. Les services de l’Anah continuent d’instruire les dossiers déposés avant la fermeture, dans la limite des crédits déjà engagés. Simplement, le robinet d’entrée est coupé. Les bénéficiaires potentiels qui s’étaient organisés pour un dépôt fin janvier ou en février se retrouvent donc à recalculer intégralement leur plan de financement. Pour certains, cela signifie repousser les travaux de plusieurs mois, au prix d’un hiver supplémentaire avec une vieille chaudière fioul ou des combles non isolés.
Au passage, la suspension crée un décalage entre les discours politiques sur la transition énergétique et la réalité pratique. On répète aux ménages qu’il faut rénover, sortir des passoires thermiques, remplacer les chaudières au fioul, puis on ferme la principale aide qui permettait de boucler les budgets. Les professionnels constatent déjà des annulations de chantier, surtout sur les rénovations globales qui cumulent MaPrimeRénov, CEE et parfois des aides locales. Sans la brique MaPrimeRénov, certains montages ne tiennent plus debout.
Pour garder la main dans ce contexte, un propriétaire doit se poser une question simple : son projet est-il encore tenable sans cette aide, même temporairement, ou vaut-il mieux attendre une réouverture avec des règles clarifiées ? Tout l’enjeu des semaines qui viennent se situe dans ce choix, qui n’est pas le même pour un remplacement de fenêtre à 6 000 € et une rénovation globale à 60 000 €.

Pourquoi MaPrimeRénov est suspendue et ce que cela révèle du dispositif
Officiellement, la suspension s’explique par un point de droit budgétaire. Sans loi de finances adoptée, l’État ne peut pas ouvrir de nouveaux engagements sur des dispositifs comme MaPrimeRénov. C’est le ministère du Logement qui l’a rappelé fin décembre, chiffres à l’appui. Derrière cette explication, il y a surtout un dispositif qui a explosé en volume. En 2025, certains trimestres ont vu plus de 150 000 demandes en quelques semaines. Avec des montants pouvant atteindre 20 000 € sur des rénovations globales, la facture pour l’État grimpe vite.
Cette pause forcée met au jour un point que beaucoup de conseillers en rénovation énergétique répètent depuis des mois : MaPrimeRénov est devenue la clé de voûte du financement des travaux, alors même qu’elle n’a jamais été pensée pour porter seule l’ensemble de la transition énergétique du parc résidentiel. Quand 70 % d’un plan de travaux repose sur une seule subvention, le moindre à-coup budgétaire provoque un blocage massif. C’est exactement ce qui se produit aujourd’hui.
Autre sujet rarement évoqué dans les communiqués officiels : la dépendance des entreprises au dispositif. Une partie des artisans se sont spécialisés dans des offres calibrées sur MaPrimeRénov, avec des devis ficelés pour coller au millimètre aux barèmes. La suspension agit comme un crash-test. Les sociétés qui ont diversifié leurs offres, travaillé avec les CEE, ou développé des services complémentaires (contrats d’entretien, accompagnement global, etc.) encaissent mieux le choc. Celles qui ne vivaient que de « coups » subventionnés se retrouvent avec un carnet de commandes qui s’effrite en quelques semaines.
Enfin, cette pause remet au centre la question des vraies priorités. Les rénovations globales menées sérieusement, avec audit, bouquet de travaux cohérent et contrôle de la performance, restent un levier puissant pour la transition énergétique. Les gestes isolés opportunistes, pensés uniquement pour capter de la prime, ont montré leurs limites. Il y a fort à parier que la prochaine version de MaPrimeRénov ira encore plus dans le sens d’un recentrage sur les rénovations lourdes et sur les logements les plus énergivores, quitte à laisser moins de place aux petits gestes.
En résumé, cette suspension n’est pas qu’un accident budgétaire, c’est aussi un révélateur de la fragilité d’un modèle trop centré sur une seule aide.
Qui sont les bénéficiaires vraiment touchés par l’arrêt du guichet MaPrimeRénov 2026
Sur le papier, MaPrimeRénov s’adressait à un public large : propriétaires occupants, bailleurs, copropriétés, pour des résidences principales de plus de 15 ans. Dans la pratique, certains profils encaissent beaucoup plus durement la suspension que d’autres. Les ménages modestes et très modestes, classés Bleu et Jaune dans la grille de revenus, sont en première ligne. Pour eux, les montants d’aide représentent souvent 40 à 60 % du coût des travaux. Sans cette contribution, le reste à charge rend tout simplement le projet irréaliste.
Un exemple concret permet de mesurer l’impact. Une famille avec deux enfants, revenus de 2 400 € par mois, vivant dans une maison des années 70 chauffée au fioul, avait prévu une rénovation énergétique en deux temps : isolation du toit et remplacement de la chaudière par une pompe à chaleur. Devis total : 28 000 €. MaPrimeRénov devait apporter environ 10 000 €, les CEE 3 000 €, le reste étant financé par un éco-PTZ et un peu d’épargne. Avec la suspension, ces 10 000 € disparaissent temporairement de l’équation. L’éco-PTZ permet encore d’étaler la dépense, mais la mensualité grimpe, et la banque devient plus prudente.
Les bailleurs privés se situent dans une autre situation, plus complexe. Certains avaient engagé une rénovation pour sortir un bien de la catégorie F ou G du DPE, afin d’éviter les interdictions progressives de louer les passoires thermiques. Là encore, MaPrimeRénov pouvait représenter quelques milliers d’euros sur une isolation de plancher, un changement de chaudière ou une VMC. Pour un petit propriétaire qui possède un ou deux logements, ce soutien faisait la différence entre une rénovation menée à temps et un projet repoussé, avec le risque de voir le logement inlouable dans quelques années.
Les copropriétés, enfin, vivent une situation spécifique. Les décisions de travaux se prennent en assemblée générale, souvent avec un calendrier très serré. Quand un syndic fait voter un ravalement avec isolation thermique extérieure en comptant sur une enveloppe MaPrimeRénov Copropriétés, la suspension remet en cause la planification globale. Les copropriétaires les plus fragiles financièrement peuvent se retrouver coincés entre des appels de fonds qui augmentent et des aides qui n’arrivent pas.
Pour clarifier les cas les plus fréquents, un petit tableau récapitulatif aide à y voir plus clair.
| Profil | Situation vis-à-vis de la suspension | Risque principal |
|---|---|---|
| Propriétaire occupant avec dossier déjà accepté | Aide sécurisée, versement possible avec délai | Trésorerie en cas de retard de paiement |
| Propriétaire occupant avec devis signé mais sans demande déposée | Impossibilité temporaire de demander MaPrimeRénov | Travaux sans prime ou report du chantier |
| Bailleur qui comptait lancer des travaux début 2026 | Projet suspendu ou à financer autrement | Retard pour sortir le logement du statut de passoire |
| Copropriété avec décision votée mais dossier non déposé | Montage financier fragilisé | Remise en question des travaux ou hausse de charges |
Un point mérite d’être souligné : les conditions d’éligibilité officielles de MaPrimeRénov n’ont pas été modifiées par la suspension. Les barèmes de revenus, les types de travaux éligibles, l’obligation de passer par des artisans qualifiés RGE restent valables en théorie. Simplement, il n’est pas possible de déclencher un nouveau droit pour le moment. Autrement dit, un ménage qui était éligible en décembre le reste sur le principe, mais ne peut plus transformer cette éligibilité en prime tant que le guichet n’a pas rouvert.
Pour ceux qui envisageaient une rénovation globale ambitieuse, l’impact budgétaire est encore plus marqué. Les aides pouvaient atteindre 30 à 40 % du coût total pour les revenus les plus modestes. Les projets bien montés, avec un gain de deux classes de DPE ou plus, se retrouvent brutalement « en attente », alors même qu’ils font partie des opérations les plus cohérentes pour la transition énergétique à long terme. Le signal envoyé aux ménages n’est pas idéal : on récompense les rénovations complètes sur le papier, mais on coupe momentanément la principale source de financement.
Concrètement, les plus touchés par cette situation sont ceux qui n’ont pas de marge de manœuvre financière : peu d’épargne, capacité d’emprunt limitée, facture d’énergie déjà lourde. Ceux qui disposent de plus de ressources peuvent décider d’avancer certains travaux en comptant sur d’autres aides ou sur une éventuelle réouverture. Cette fracture entre ménages à l’aise et ménages contraints se retrouve dans toutes les discussions autour de MaPrimeRénov, et la suspension actuelle en est une illustration très visible.
La question devient alors : comment ces différents profils peuvent-ils continuer à agir malgré le gel du dispositif ? C’est tout l’enjeu des alternatives disponibles.
Quelles aides financières mobiliser pendant la suspension de MaPrimeRénov 2026
L’arrêt temporaire de MaPrimeRénov ne signifie pas que toutes les aides financières disparaissent d’un coup. Le paysage reste complexe, mais plusieurs leviers restent activables pour la rénovation énergétique. Le premier réflexe consiste à regarder du côté des CEE, ces certificats d’économie d’énergie versés par les fournisseurs d’énergie pour chaque kWh économisé. Selon le type de travaux, les montants varient, mais sur une isolation de combles ou une chaudière à condensation, on parle souvent de quelques centaines à quelques milliers d’euros.
Deuxième pilier, l’éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ). Ce prêt sans intérêt permet de financer jusqu’à 50 000 € de travaux remboursables sur vingt ans. La suspension de MaPrimeRénov n’affecte pas ce dispositif bancaire, qui repose sur une mécanique différente. Dans de nombreux projets, l’éco-PTZ vient compléter les subventions, mais il peut aussi, en l’absence de MaPrimeRénov, jouer le rôle de tampon en attendant une éventuelle réouverture.
Les aides locales constituent un troisième bloc souvent sous-utilisé. Régions, départements, communautés de communes, métropoles proposent leurs propres subventions, parfois cumulables avec les CEE et l’éco-PTZ. Certaines collectivités ont même renforcé leurs aides en anticipant les à-coups nationaux. Sur un changement de chauffage ou une isolation, il n’est pas rare de trouver une enveloppe complémentaire de 1 000 à 3 000 €, sous conditions de ressources ou de type de logement. Le plus efficace reste de passer par une agence locale de l’énergie ou un service habitat de la collectivité, qui a une vision précise des dispositifs disponibles.
À cela s’ajoutent des dispositifs plus ciblés comme le chèque énergie, destiné à aider les ménages modestes à payer leurs factures, mais qui peut aussi, dans certains cas, être utilisé pour financer de petits travaux liés à la performance énergétique. Ce n’est pas un substitut à MaPrimeRénov, mais dans une stratégie globale de maîtrise des coûts, chaque aide compte.
Pour les projets incluant une pompe à chaleur, il est utile de s’informer aussi sur les barèmes d’aides spécifiques aux équipements. Des dispositifs complémentaires à MaPrimeRénov existent, et des ressources comme cette page sur l’aide pompe à chaleur 2026 permettent d’identifier rapidement les enveloppes mobilisables, même en période de gel du guichet national.
En parallèle, certains ménages regardent du côté de prêts classiques à taux préférentiel proposés par des banques qui ont développé des gammes « rénovation énergétique ». Même si ces produits ne remplacent pas une subvention, ils permettent parfois d’étaler un reste à charge plus important à la suite de la suspension de MaPrimeRénov, en attendant un éventuel rééquilibrage lors de la réouverture.
- Combiner CEE et éco-PTZ pour limiter le recours à l’épargne personnelle.
- Activer les aides locales, souvent méconnues, qui peuvent améliorer le plan de financement.
- Étaler les travaux en deux ou trois étapes, en commençant par les gestes les plus rentables (isolation du toit, régulation du chauffage).
- Revoir le dimensionnement de certains équipements pour rester dans un budget compatible sans MaPrimeRénov.
Le piège, dans cette période, consiste à accepter des offres « miracles » promettant de compenser la suspension par des montants fantaisistes de primes CEE ou d’aides locales supposées. Les conditions d’éligibilité des différents dispositifs restent strictes, et les offres trop belles pour être vraies finissent rarement bien. Une lecture attentive des devis, avec la part réelle des primes mentionnée noir sur blanc, évite bien des mauvaises surprises.
En résumé, il existe encore un jeu de leviers à activer, mais il demande plus de travail et de vigilance qu’un montage classique centré sur MaPrimeRénov. Ceux qui prennent le temps de bâtir un plan de financement multi-aides arriveront à avancer, même si le rythme s’en ressent.
Faut-il reporter ses travaux de rénovation énergétique ou les maintenir malgré tout ?
Face à la suspension, la question revient en boucle chez les propriétaires : faut-il reporter ou maintenir les travaux de rénovation énergétique ? Il n’existe pas de réponse unique, mais quelques repères aident à trancher. D’abord, il faut distinguer les travaux de confort urgent (chaudière en fin de vie, problèmes d’humidité majeurs, infiltrations) des travaux d’optimisation (remplacement de fenêtres encore en état correct, amélioration du système de régulation, etc.). Quand la santé du bâtiment ou la sécurité des occupants est en jeu, attendre une hypothétique réouverture du guichet n’est pas raisonnable.
Dans ces cas-là, l’arbitrage se fait plutôt entre un remplacement à l’identique minimaliste et une solution plus performante intégrant déjà la logique de transition énergétique. Remplacer une chaudière fioul par une chaudière fioul neuve pour « gagner du temps » n’a plus beaucoup de sens, surtout avec la trajectoire de prix des énergies fossiles. Même sans MaPrimeRénov, un passage au gaz performant, au granulé ou à la pompe à chaleur reste souvent plus cohérent à moyen terme, à condition de ne pas se laisser embarquer dans des devis démesurés.
Pour les travaux moins urgents, la situation est différente. Reporter de quelques mois une isolation extérieure pour bénéficier à nouveau de MaPrimeRénov peut s’entendre, surtout si la prime attendue représente plusieurs milliers d’euros. Le calcul consiste alors à comparer le coût des factures d’énergie supplémentaires générées par le report (un hiver de plus avec une maison mal isolée peut coûter 500 à 1 000 € selon les cas) avec le montant estimé de la future prime. Tant que le différentiel reste favorable à l’attente, la patience a du sens.
Il faut aussi regarder le calendrier global des travaux. Certaines rénovations globales s’étalent déjà sur douze à dix-huit mois, entre l’audit, les devis, les autorisations administratives et le chantier lui-même. Dans ces cas, la suspension de quelques mois joue plus sur la date de dépôt que sur la viabilité du projet. Préparer le dossier pendant ce temps, plutôt que tout mettre en pause, permet de ne pas perdre la dynamique.
Un autre paramètre joue en sous-main : l’évolution possible des règles à la réouverture. Si MaPrimeRénov se recentre clairement sur les passoires thermiques et les rénovations globales, il est probable que les dossiers les plus ambitieux soient mieux servis que les gestes isolés. Un propriétaire qui hésite entre une simple pompe à chaleur ou un bouquet complet incluant isolation, ventilation et chauffage peut donc se demander s’il ne vaut pas mieux profiter de cette pause pour structurer un projet plus cohérent. Cela demande plus de préparation, mais peut déboucher sur un meilleur financement le jour où le guichet rouvrira.
Enfin, le marché des travaux lui-même réagit à la suspension. Certains artisans voient leur carnet de commandes se détendre et redeviennent plus disponibles, ce qui peut jouer sur les prix ou les délais. D’autres, au contraire, se replient sur des chantiers non subventionnés et augmentent leurs tarifs pour compenser une baisse de volume. D’où l’intérêt, plus que jamais, de comparer plusieurs devis, de vérifier la qualification RGE des entreprises et de demander, noir sur blanc, la part des aides intégrée au chiffrage.
En clair, reporter ou maintenir ses travaux n’est pas un choix théorique, mais un arbitrage entre urgence technique, budget, niveau de dépendance à MaPrimeRénov et visibilité sur les règles à venir. Ceux qui se contentent d’attendre sans rien préparer risquent de se retrouver en bas de la pile quand le guichet rouvrira.
Comment préparer un dossier solide pour la reprise de MaPrimeRénov et sécuriser son projet
La période de suspension peut être vécue comme un contretemps, ou comme une fenêtre pour structurer un projet de rénovation énergétique bien ficelé. Dans les faits, beaucoup de dossiers MaPrimeRénov déposés dans le passé pêchaient par manque de préparation : audit bâclé, devis opaques, choix d’équipements surdimensionnés, conditions d’éligibilité mal comprises. Utiliser ces mois pour verrouiller ces points fait gagner du temps et de l’argent à la réouverture.
Premier chantier utile : un audit énergétique sérieux, surtout si le logement souffre de plusieurs faiblesses (murs peu isolés, fenêtres simples vitrage, chauffage ancien, ventilation insuffisante). Un bon audit ne se contente pas de pointer les défauts, il propose des scénarios de travaux chiffrés, avec les gains de consommation associés. Cela permet d’identifier les gestes les plus rentables et d’éviter de mettre 20 000 € dans une pompe à chaleur dans une maison qui perd sa chaleur par le toit et les murs.
Ensuite vient le temps des devis. Plutôt que de signer dans l’urgence la première offre venue, l’idée consiste à consulter au moins deux ou trois entreprises pour chaque lot de travaux important. Sur une isolation extérieure, par exemple, on peut facilement observer des écarts de 20 à 30 % entre propositions, avec des niveaux de détail très variables. Un devis solide décrit précisément les matériaux, les épaisseurs, les performances (valeur R pour l’isolation, COP ou SCOP pour une pompe à chaleur), et distingue clairement ce qui relève des aides et ce qui reste à charge.
Parallèlement, il est utile de rassembler les pièces administratives qui seront de toute façon nécessaires : avis d’imposition, justificatifs de propriété, diagnostics existants (DPE, diagnostics électricité ou gaz), plans ou croquis du logement. MaPrimeRénov reste une aide conditionnée à plusieurs critères de revenus, de type de logement et de nature de travaux. Anticiper cette partie évite les allers-retours chronophages une fois le guichet rouvert.
Dernier point, souvent sous-estimé : la maîtrise globale du calendrier. Beaucoup de bénéficiaires potentiels ont découvert, à l’occasion des précédentes réformes, que les règles pouvaient changer en cours de route, avec des dates butoirs pour le dépôt des dossiers ou le démarrage des travaux. Concevoir un planning réaliste, qui laisse une marge en cas de retard d’un artisan ou d’un aléa technique, réduit le risque de se retrouver hors délai pour bénéficier des nouveaux barèmes. Cela vaut aussi pour les autres aides, comme l’éco-PTZ ou certains dispositifs locaux qui ont leurs propres fenêtres de dépôt.
Au fond, la suspension de MaPrimeRénov ne condamne pas la rénovation énergétique des logements, mais elle oblige à sortir du réflexe « prime d’abord, projet ensuite ». Ceux qui inversent la logique, en travaillant le projet en amont pour ensuite aller chercher les aides adaptées, seront les mieux placés lorsque le dispositif reprendra son cours.
Les dossiers MaPrimeRénov déjà acceptés avant la suspension sont-ils toujours payés ?
Oui. Les dossiers qui ont reçu une décision d’acceptation de l’Anah avant la fermeture du guichet restent couverts par un engagement budgétaire. La suspension bloque les nouvelles demandes, mais ne remet pas en cause les droits déjà ouverts. En revanche, des retards de versement sont possibles, ce qui implique d’anticiper une avance de trésorerie plus longue que prévu.
Peut-on espérer une rétroactivité de MaPrimeRénov pour des travaux réalisés pendant la suspension ?
À ce stade, aucune garantie n’existe sur une éventuelle rétroactivité. Les précédentes évolutions du dispositif ont parfois permis de prendre en compte des travaux engagés avant une réforme, mais c’était clairement prévu dans les textes. Miser sur une hypothétique rétroactivité revient à prendre un risque financier important, surtout sur des travaux coûteux comme une rénovation globale ou un changement de chauffage.
Quelles aides restent accessibles pour financer des travaux sans MaPrimeRénov ?
Même en période de suspension, plusieurs dispositifs restent ouverts : certificats d’économie d’énergie (CEE), éco-prêt à taux zéro jusqu’à 50 000 €, aides locales de certaines collectivités, et aides ciblées comme le chèque énergie pour les ménages modestes. L’enjeu consiste à combiner ces leviers plutôt que de renoncer purement et simplement au projet.
Les artisans peuvent-ils encore proposer des devis intégrant MaPrimeRénov pendant la suspension ?
Ils peuvent expliquer à leurs clients quels seraient les montants estimés de MaPrimeRénov en cas de reprise, mais il est trompeur de les intégrer comme acquis dans un plan de financement tant que le guichet est fermé. La seule position prudente consiste à distinguer clairement ce qui est certain (CEE, aides locales déjà votées, capacité d’emprunt) de ce qui dépendra de la future réouverture et des éventuels nouveaux barèmes.
Comment suivre la réouverture éventuelle du dispositif MaPrimeRénov ?
Le plus fiable reste de consulter régulièrement le site officiel maprimerenov.gouv.fr et les communiqués du ministère chargé du Logement et de la Transition énergétique. Les agences locales de l’énergie et les conseillers France Rénov relayeront aussi les informations sur les dates de reprise, les nouvelles conditions d’éligibilité et les éventuelles évolutions des barèmes.



